Alors, à pied, j’ai parcouru les routes. J’y ai rencontré des pèlerins, des marchands et des égarés. Je les ai suivis sur la grande place de la cité, Mais, là non plus, je ne t’ai pas vue.
Où devais-je encore aller pour te trouver ? Personne ne pouvait me le dire et j’étais désespéré. Où te cachais-tu ? Quelqu’un t’avait-il jamais vue ?
Je me mis à douter. Trouverai-je un jour le chemin de toi ? Mais une nuit, alors que je marchais sous les étoiles, Un oiseau chanta ton nom, perché dans une sombre haie. Lui t’avait vue et savait où tu te cachais, j’en étais sûr.
Immobile dans la nuit, attentif au silence des ombres, Je l’entendis me parler : la belle que tu cherches est ma sœur, Et je te révélerai le chemin de son cœur si tu es capable De voir dans la nuit la plus noire.
– Ô, oiseau-poète, apprends-moi à voir le cœur
De celle que je cherche depuis si longtemps.
– Je te l’apprendrai si tu acceptes de t’arrêter,
Car il faut du temps pour voir dans la nuit noire.
Pour découvrir celle que tu cherches, ferme les yeux et laisse monter en ton cœur les mots qui conduisent aux siens. Si tu écoutes bien, même aveugle, tu la verras et, elle, Étonnée de t’apercevoir, te reconnaîtra et t’appellera.
Sois patient. Écoute de tout ton être. Puis mets-toi en route. Elle t’attendra là où tes yeux ne l’auraient jamais cherchée. J’ai suivi le conseil de l’oiseau-poète et, au cœur de la nuit,
Enfin je t’ai vue : nénuphar éclatant sous la pleine lune.
Tu avais les yeux fermés, car, toi aussi, tu voyais dans la nuit. D’un signe, tu m’as invité à m’approcher. J’ai pris ta main et tu m’as suivi sur les chemins. Là, nos pieds ont saignés plus que nous aurions imaginé.
Mais aujourd’hui, les yeux fermés et le cœur à l’écoute, Nous nous contemplons, toujours étonnés l’un de l’autre. Le mystère de la vie, comme une source, coule en nous et fait de notre amour bien plus que les yeux peuvent voir.